• Qu'est-ce que le péché par omission ?

    Le péché par omission, c'est ne pas faire le bien qu'on pourrait ou devrait faire, explique le P. Philippe Marsset, curé de Notre-Dame de Clignancourt, à Paris, dans l'émission Mille questions à la foi sur Radio Notre-Dame

     

    Sophie de Villeneuve : Le "péché par omission", en quoi consiste-t-il ?

    P. M. : L'omission n'est pas l'amnésie, ce n'est pas un péché que nous aurions oublié, sinon bien sûr, par définition, on ne pourrait pas le confesser. Ce qui ne veut pas dire qu'il ne pourrait être pardonné. Dieu ne pardonne pas seulement ce qu'on lui dit, il pardonne aussi tout ce que l'on a oublié. Pécher par omission, c'est ne pas faire ce qu'on pourrait ou ce qu'on devrait faire. Pécher, ce n'est pas seulement faire du mal, c'est aussi ne pas faire le bien qu'on pourrait faire ou qu'on devrait faire. J'aurais pu, mais je ne l'ai pas fait, visiter mes vieux parents, éviter tel conflit, accéder à telle revendication de mes salariés… C'est un péché qui endurcit notre cœur.

     

    Cela rappelle la phrase de saint Paul : "Je fais le mal que je ne veux pas faire, et je ne fais pas le bien que je voudrais faire"…

    P. M. : La phrase de Paul va plus loin, c'est une définition ce qu'on appelle le péché originel : quand le bien et le mal se présente, on fait le mal alors même qu'on sait où est le bien. Je verrais bien en patron des confesseurs et des pénitents saint Zachée, un homme qui ne s'aime pas beaucoup parce qu'il est petit, qui n'aime pas le regard des autres sur lui parce qu'il a un sale métier, qui n'est pas aimé, qui n'aime pas les autres et pèche par omission parce qu'il a oublié qu'il a un cœur fait pour aimer. Et voilà que Jésus passe et va demeurer chez lui. C'est le sacrement du pardon : être visité par Jésus qui vient lui révéler un autre regard, le regard que Dieu pose sur lui, un regard de vie et de résurrection, qui va transformer son cœur dur en cœur pur.

     

    Mais ce péché "par omission" n'ouvre-t-il pas le champ à toutes les formes de culpabilité possible ? La liste est longue du bien que nous ne faisons pas dans notre vie !

    P. M. : Il faut coller au réel, à la mesure de ce que l'on vit. Je ne pourrai bien sûr pas empêcher telle ou telle guerre. Le péché par omission, c'est un éclairage particulier sur une même réalité qui est au centre de ma vie, et que l'on peut regarder sous des angles différents. C'est une autre façon d'éclairer son péché.

     

    Et sa vie aussi, car des péchés par omission, nous en faisons beaucoup.

    P. M. : Oui. Quand on voit une injustice et que l'on reste muet, quand on n'ose pas dire sa foi… C'est un autre outil pour le discernement qui va m'aider à changer.

     

    Comment faire ce discernement ?

    P. M. : On peut commencer par se demander ce que ferait Jésus s'il était là. Ou ce que me diraient saint Paul ou les Évangiles dans telle ou telle situation. Je peux aussi chercher à voir ce que je refuse ou ce qui m'est impossible dans ce que l'Église me demande de vivre. Pour sortir de la subjectivité, je peux m'appuyer sur ces paroles qui ne viennent pas de moi, et que Dieu me donne pour m'enfanter à une autre vie.

     

    Faut-il avoir des remords pour que le sacrement de réconciliation soit pleinement vécu ?

    P. M. : Pas des remords, des regrets. Le remords est un regard sur le passé, le regret est plus dynamique, il est l'expression d'une volonté de changement.

    Il est indispensable ?

    P. M. : Oui, si votre démarche de confession est réellement honnête. Si on ne regrette pas ce qu'on vient confesser, on ne se met pas non plus en situation dynamique par rapport à soi-même. Quand Jésus dit qu'il faut toujours arriver à pardonner, ce n'est pas parce que le pardon est toujours facile, c'est parce qu'il faut toujours garder ouverte la possibilité d'avancer vers du mieux, même si on n'y parvient pas tout de suite.

     

    Mais souvent on retombe dans les mêmes erreurs, dans les mêmes péchés… Faut-il toujours retourner se confesser avec les mêmes péchés ?

    P. M. : On prend une douche tous les matins ! Et puis le prêtre est là pour empêcher la personne de s'enfermer dans son fonctionnement négatif…

     

    On peut progresser, et sortir d'une faute qui nous colle à la peau comme la saleté du matin ?

    P. M. : Oui, il y a une pédagogie possible, la grâce qui agit, et des prises de conscience qui permettent d'avancer.

     

    Confesser, c'est tout un art ?

    P. M. : On apprend à bien confesser quand on se confesse bien soi-même, ce qui nous évite de nous considérer comme un juge ou un moraliste, mais comme un père qui sait qu'il est lui-même pécheur, et qui est là pour permettre à l'autre de grandir, et non pour l'en empêcher.  

     

    « Une approche pratique du sacrement de réconciliation Mgr Jean-Claude Boulanger - Diocèse de Bayeux-Lisieux »

19.03.2013