• Les dons du Saint Esprit 5e jour : Le don de la crainte de Dieu

    5e jour : Le don de la crainte de Dieu

     

     

    Pape François : « La crainte de Dieu ne signifie pas avoir peur de Dieu : nous savons bien que Dieu est Père, qu’il nous aime et veut notre salut, et qu’il nous pardonne toujours, toujours. Nous n’avons donc pas de raison d’avoir peur de Lui ! Elle est au contraire ce don de l’Esprit Saint qui nous rappelle combien nous sommes petits face à Dieu et à son amour ; et que notre bien est de nous abandonner avec humilité, respect et confiance entre ses mains. L’abandon à la bonté de notre Père qui nous aime tant : voilà ce qu’est la crainte de Dieu ».
    « Le don de la crainte de Dieu est aussi une alarme face à l’obstination dans le péché (…) Je pense à ceux qui fabriquent des armes pour fomenter la guerre. Mais quel métier ! Ces gens là fabriquent la mort, ils sont marchands de mort, ils font commerce de mort. Que la crainte de Dieu leur fasse comprendre qu’un jour, tout finira, et qu’ils devront rendre des comptes à Dieu ».

    La crainte de Dieu

     

    La crainte de Dieu est un don qui nous fait respecter Dieu, craindre d’offenser sa divine Majesté, et qui nous détourne du mal en nous portant au bien.

     

    Ce ne peut être la peur. Cette crainte, c’est le désir de progresser. Là, se trouve le grand moteur de la vie spirituelle. C’est le désir d’aller plus loin.
    La crainte biblique exprimait un fort désir de Dieu, un désir véhément qui prend au ventre. C’était plutôt la crainte de passer à côté, de ne pas avoir compris, de ne pas assez aimer ou de mal répondre à cet amour. « Mon âme a soif de toi après toi languit ma chair, mon âme te désire, terre aride, altérée, sans eau », dit le psaume. Le Saint Esprit nous apprend le désir de Dieu, à nous languir de Dieu.

    Le grand moteur de la vie spirituelle, ce n’est pas la grâce. La grâce est première, mais inefficace si en moi il n’y a pas ce désir, cette vigilance, cette exigence, cette volonté à aller de l’avant. Il s’agit de vouloir avec une volonté bien déterminée (Thérèse d’Avila). Autrement dit, c’est la crainte de passer à côté de la grâce du Seigneur.
    Qui possède la crainte du Seigneur, déteste toute iniquité, selon cette parole du prophète : « J'ai eu leur péché en horreur et l'ai exécré », et, dans un autre endroit : «J'ai détesté toute voie d'iniquité (Ibid.). » Car il est écrit : « La crainte du Seigneur hait le mal ». Job est appelé « Un homme craignant Dieu et s'éloignant du mal ». Sans cette grâce, la première des grâces et le principe de toute la religion, aucun bien ne peut se produire ou se développer. La crainte du Seigneur est la racine et la gardienne de tous les biens. Aussi l'Ecriture dit-elle : « Si vous ne vous maintenez constamment dans la crainte du Seigneur, votre maison sera promptement renversée »

    Tout l'édifice des vertus, s'il vient à perdre le soutien de ce don, tombe de suite en ruine. Aussi Salomon s'écrie-t-il : « Vivez chaque jour dans la crainte du Seigneur, parce que vous aurez l'espérance au dernier jour et votre attente ne sera pas enlevée. » De là vient aussi que l'apôtre s'écrie : « Opérez votre salut avec crainte et tremblement. » (Ph 2,13)
    Pourquoi multiplier les citations ? Religion et crainte sont choses corrélatives, et l'une ne peut demeurer sans l'autre. Ainsi « Corneille était un homme religieux et craignant Dieu »

    Nous devons avoir en nous ce sentiment de la même manière dont le bienheureux Job assure qu'il l'éprouve.
    Sous l'empire de cette crainte de Dieu, nous abandonnons tout, nous renonçons au monde, et ainsi que le Seigneur l'a dit, nous nous séparons même de nous. « Si quelqu'un veut venir après moi, qu'il se renonce lui-même ».
    Cette crainte divine rend, soumis à la pauvreté, celui qu'elle pénètre parfaitement et elle l'éloigne du mal. Elle est au premier rang parmi les grâces comme la pauvreté dans la série des béatitudes : le Seigneur a dit, en la plaçant comme le fondement des autres vertus : « Heureux les pauvres d'esprit, parce que le Royaume des Cieux leur appartient. »

    Le don de crainte rend notre amour de Dieu plus délicat. Ce sentiment repose sur l'idée que la foi nous donne de la majesté de Dieu, en présence duquel nous ne sommes que néant, de sa sainteté infinie, devant laquelle nous ne sommes qu'indignité et souillure, du jugement souverainement équitable qu'il doit exercer sur nous au sortir de cette vie, et du danger d'une chute toujours possible, si nous manquons à la grâce qui ne nous manque jamais, mais à laquelle nous pouvons résister.

    Cette crainte de Dieu n'est pas une crainte servile ; elle devient au contraire la source des sentiments les plus délicats.
    Le salut de l'homme s'opère donc « dans la crainte et le tremblement », comme l'enseigne l'apôtre. Cette crainte, qui est un don de l'Esprit Saint, n'est pas un sentiment grossier qui se bornerait à nous jeter dans l'épouvante à la pensée des châtiments éternels. Elle nous maintient dans la componction du cœur, quand bien même nos péchés seraient depuis longtemps pardonnés ; elle nous empêche d'oublier que nous sommes pécheurs, que nous devons tout à la miséricorde divine, et que nous ne sommes encore sauvés qu'en espérance. (Rm 8,24.)
    Elle peut s'allier avec l'amour, n'étant plus qu'un sentiment filial qui redoute le péché à cause de l'outrage qu'il fait à Dieu. Inspirée par le respect de la majesté divine, par le sentiment de la sainteté infinie, elle met la créature à sa vraie place, et saint Paul nous enseigne qu'ainsi épurée, elle contribue à « l'achèvement de la sanctification » (2 Co 7,1).

    La crainte n'étouffe pas l'amour ; loin de là, elle enlève les obstacles qui l'arrêteraient dans son développement. Les Puissances célestes voient et aiment avec ardeur le souverain Bien, elles en sont enivrées pour l'éternité ; cependant elles tremblent devant sa majesté redoutable. Et nous, couverts des cicatrices du péché, remplis d'imperfections, exposés à mille pièges, obligés de lutter contre tant d'ennemis, nous ne sentirions pas qu'il nous faut stimuler par une crainte forte, et en même temps filiale, notre volonté qui s'endort si aisément, notre esprit que tant de ténèbres assiègent !
    «Servez le Seigneur avec crainte, et tressaillez de bonheur en tremblant devant lui» (Ps 2,2).

    Obstacle : C’est d’avoir perdu ou de n’avoir jamais acquis le sens de la grandeur et de l’absolu de Dieu. Attention à ne pas rabaisser Dieu à mes petites affaires. La familiarité avec Dieu tient trop souvent la place de cette disposition fondamentale de la vie chrétienne, et dès lors tout progrès s'arrête, l'illusion s'introduit dans l'âme, et les sacrements, qui au moment d'un retour à Dieu avaient opéré avec tant de puissance, deviennent à peu près stériles. C'est que le don de crainte a été étouffé sous la vaine complaisance de l'âme en elle-même. L'humilité s'est éteinte; un orgueil secret et universel est venu paralyser les mouvements de cette âme. Elle arrive, sans s'en douter, à ne plus connaître Dieu, par cela même qu'elle ne tremble plus devant lui. Le don de crainte permet d'enlever les obstacles au développement de l'amour.
    L'obstacle au don de crainte, au bien en nous est l'orgueil. C'est l'orgueil qui nous porte à résister à Dieu, à mettre notre fin en nous-mêmes, en un mot à nous perdre.
    Le grand danger de la vie spirituelle, c’est de s’arrêter, de se trouver très bien, ou très mal. C’est ne plus vouloir avancer : c’est la tiédeur.
    L'esprit d'indépendance et de fausse liberté qui règne aujourd'hui contribue à rendre plus rare la crainte de Dieu, et c'est là une des plaies de notre temps.

    Le grand moyen : Développer beaucoup la reconnaissance et la louange, comme dans les psaumes. La reconnaissance allège et fortifie l’âme. La louange soulève comme un oiseau. « Une âme qui fait oraison, qui dit merci, vole comme une hirondelle. Ceux qui ne font point oraison volent à grande peine, comme une grosse poule », disait François de Sales.
    L'humilité seule peut nous sauver d'un si grand péril. Qui nous donnera l'humilité? l'Esprit Saint, en répandant en nous le don de la crainte de Dieu.

    Conservez donc en nous, ô divin Esprit, le don de la crainte de Dieu que vous avez répandu en nous dans notre baptême. Cette crainte salutaire assurera notre persévérance dans le bien, en arrêtant les progrès de l'esprit d'orgueil.




    Travail et synthèse : Jocelyne Genton
    Source : Don Prosper Guéranger et Père Bernard Michon

     

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19.03.2013