• L'Eglise est elle-même quand elle fait miséricorde

    Le cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon, est l’un des fondateurs des Congrès de la miséricorde qui se tiennent tous les trois ans depuis la mort de Jean-Paul II.


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    Retrouvez ci-dessous l’interview du cardinal Philippe Barbarin paru sur le site du journal La Croix , lundi 16 mars 2015.

     

    Le cardinal Philippe Barbarin revient sur les racines bibliques du terme et analyse les raisons de l’annonce, par le pape François, d’un « jubilé de la miséricorde ». 

     


    Que dit la Bible de la miséricorde ? Que désigne ce mot ? 

     


    Il traduit deux mots hébreux de la Bible, l’un tout proche du mot 'amour', et l’autre qui signifie 'entrailles'. La miséricorde de Dieu signifie qu’il nous aime 'de toutes ses entrailles', que nous sommes ce qu’il a de plus précieux pour Lui.

    Il est intéressant de noter que le peuple juif a été élu pour 'être serviteur de la miséricorde pour toutes les nations'. Et nous, chrétiens, croyons que l’Église, en tant que nouvel Israël, a hérité de cette mission : elle doit donc, aujourd’hui encore, remplir ce rôle qui prolonge celui de Jésus, en qui se trouve toute la miséricorde de Dieu. 

     


    Concrètement, comment se traduit-elle en actes ? 

     

     
    La miséricorde, c’est l’amour en tant qu’il est donné, mais avec l’idée que c’est aussi lui qui nous sauve. Quelles plus belles images de la miséricorde que les paraboles du bon Samaritain ou du fils prodigue ? Jésus lui-même ne nous a-t-il pas montré la voie par ses rencontres avec la Samaritaine, et avec la femme adultère ? La miséricorde pourrait se résumer dans ces mots : « Va, je ne te condamne pas ». 

     


    Est-elle un synonyme d’amour ? 

     

     
    Il est vrai que, pendant un certain temps, le mot miséricorde a été un peu laissé de côté - surtout en français, moins en italien ou en espagnol. On l’a « englouti » dans le mot 'amour', peut-être parce que ce terme apparaît chez nous un peu vieillot, un peu « sucré »…
    Mais il a été puissamment réveillé par Jean-Paul II, qui en a fait le cœur de sa seconde encyclique, sur le mystère de Dieu, en 1980. Dives in misericordia, Dieu est « riche en miséricorde » et qui, ensuite, n’a jamais cessé d’en parler. Il était fasciné par les écrits de sœur Faustine, cette religieuse polonaise qui avait placé la miséricorde divine au cœur de sa spiritualité. Lors de son dernier voyage en Pologne en 2002, pour inaugurer le sanctuaire de Lagiewniki, tout proche du monastère de sainte Faustine, il a donné un très beau message sur la miséricorde, affirmant qu’elle n’est pas seulement un « attribut de Dieu » mais vraiment son nom…
    C’est pour que ce message soit répandu qu’avec le cardinal Christoph Schönborn, archevêque de Vienne (Autriche) et d’autres, nous avons proposé à Benoît XVI, dès 2006, ces « Congrès de la miséricorde ». Le premier, qui a eu lieu à Rome pour le troisième anniversaire de la mort de Jean-Paul II, alliait messes, prières et témoignages sur la miséricorde en acte, auprès des détenus, des prostituées, des toxicos, etc. Le deuxième a eu lieu à Cracovie en octobre 2011, pour la fête de sainte Faustine, et le troisième s’est tenu en août dernier à Bogota, en Colombie, dans un pays en proie à la violence des narco-trafiquants mais où le cardinal Rubén Salazar Gómez est engagé dans un processus de réconciliation nationale. Et le prochain, en 2017, pourrait avoir lieu à Manille, aux Philippines. 

     


    Pourquoi, selon vous, le pape François a-t-il annoncé un « jubilé de la miséricorde » à partir du 8 décembre ? Pourquoi avons-nous besoin de miséricorde ? 

     


    Il faut d’abord rappeler qu’elle est au cœur de la devise du pape François, « miserando atque eligendo », ce que l’on peut traduire par « quand il [m’]a fait miséricorde, il [m’]a choisi ». Le pape a souvent raconté que c’est, lors d’une confession, vers l’âge de 17 ans, qu’il a reçu sa vocation. Mais il ne cesse de joindre le geste à la parole : pour la 3e fois, cette année, il a choisi de célébrer le jeudi saint en lavant les pieds de prisonniers…

    Alors pourquoi une année de la miséricorde, à l’issue des célébrations du cinquantenaire de Vatican II ? Parce que c’est ce dont le monde a besoin ! Pendant cette année, chacun est appelé à faire un travail sur lui-même, mais aussi l’Église qui est pleinement elle-même quand elle fait miséricorde. Mère Teresa ou sœur Emmanuelle ne sont-elles pas des icônes vivantes de cette Église qui, remplie de Jésus, va là où le monde souffre ?
    Je pense enfin que la miséricorde est un thème majeur dans ce dialogue interreligieux. Les musulmans l’utilisent deux fois dès qu’ils prononcent le nom de Dieu. La miséricorde, c’est ce dont le monde a le plus besoin aujourd’hui : tous, chrétiens, juifs, musulmans, nous savons que Dieu nous fait miséricorde et nous demande d’en être les relais dans le monde. Lors d’une rencontre interreligieuse, j’avais choisi de méditer sur la phrase centrale du Magnificat : « Sa miséricorde s’étend d’âge en âge »… Pour moi, le Magnificat tout entier est un hymne à la miséricorde. 


    Recueilli par Anne-Bénédicte Hoffner
    Source : La Croix

    « Les indulgencesL'Heure de la Divine Miséricorde »

19.03.2013