• L’Annonciade vivante au delà des tribulations. Grentheville, aux portes de Caen.

    Au delà des tribulations

     

    Jeanne meurt le 4 février 1505. Deux ans après, a  lieu la première fondation d’un monastère, à Albi. L’élan est donné….

     

    Première expansion

     

    Dix ans plus tard, en 1517, deux essaims de huit sœurs partent de Bourges vers le Nord. Le premier arrive à Bruges le 24 novembre 1516, le second s’établit, quelques mois plus tard, à Béthune, dans les Flandres françaises.

     

    À Bruges, en attendant que soit achevé le monastère que leur destine Marguerite d’Autriche, les huit jeunes religieuses françaises sont hébergées par des Tertiaires franciscaines de Sainte-Élisabeth, nommées Sœurs Grises. Quand, un an plus tard, elles s’installent dans leur nouveau couvent, un certain nombre de Sœurs Grises demandent à les suivre et à embrasser la Règle de la Vierge Marie.

     

     

    En 1530, six moniales de Bruges partent fonder le monastère de Louvain. Peu de temps après leur installation, quatorze novices reçoivent l’habit de l’Ordre. L’élan est donné. De son vivant, le bienheureux père Gabriel-Maria bénit sept fondations. Après sa mort, dans cette première partie du 16e siècle deux autres monastères voient le jour : Agen en 1533 et Ligny-en-Barrois, en 1554.

    Nativité, Assise par Giotto

    Nativité, Assise par Giotto

     

    Cinquante ans après l’approbation de la Règle quelque trois cents annonciades ont fait Profession.

     

    La seconde partie du 16siècle ne voit pas de nouvelles fondations. Les Guerres de Religion font rage partout en France. Au lieu de semer, on s’enracine.

     

    L’âge d’or

     

    L’extension de l’Ordre reprend au 17e siècle ; de 1600 à 1650, quarante-deux monastères d’Annonciades voient le jour. Dans la seconde moitié du siècle, trois fondations naissent en Allemagne. Pourtant, c’est de nouveau la guerre ; un peu partout on se bat, on pille, on brûle. Celle qu’on a appelé la guerre de Trente Ans lance sur les routes bien des communautés, contraintes de fuir pillages, famine, épidémies, insécurité totale.

     

    Au 18e siècle, la vie est dure, surtout sur le plan matériel. Si les biens dont les monastères tirent leurs ressources produisent toujours les mêmes revenus, les impôts, le pain, la réfection des bâtiments, tout devient plus cher. Trois monastères devront fermer leurs portes pour ces seules raisons. D’autre part, les idées nouvelles du Siècle des Lumières s’insinuent partout et tous les Ordres religieux voient leur nombre de vocations diminuer. En 1789, l’Annonciade compte cinquante-quatre monastères, répartis en  France, en Belgique et en Allemagne et aux Pays-Bas, selon les limites actuelles des frontières.

     

    On ne peut évoquer l’histoire de l’Annonciade sans évoquer aussi son influence spirituelle.

     

    En effet, des personnalités ont marqué l’Ordre, comme la Mère Darriet, du monastère de Bordeaux, qui a laissé son journal spirituel dans lequel, par obéissance, elle a noté les grâces mystiques dont la favorisait le Christ. Fervente de l’Eucharistie, elle avait aussi une prédilection bien sûr pour Marie, également pour Saint François. La Fête de ses Stigmates était pour elle un jour de grâce particulière. D’autres Annonciades ont laissé derrière elles un sillage de sainteté, telle sœur Agnès Huyne de Venlo, Anne-Marie Viénot de Bar-le-Duc, Catherine Daneels de Louvain, Clémentine Martin de Coesfeld….

     

    De plus, depuis la fondation de l’Ordre, il y a des personnes laïques qui en partagent le charisme. En effet, de son vivant, Jeanne entraînait les personnes de son entourage à rechercher la paix comme moyen sûr de plaire à Dieu.

     

    Après sa mort, et sur la lancée de sa fille spirituelle, le père Gabriel-Maria a développé cela et a fait approuver par l’Église une Confrérie ou Ordre de la Paix qui, en lien avec l’Annonciade, proposait aux chrétiens ce charisme de la paix. Florissant jusqu’à la Révolution française, cette Confrérie a retrouvé un nouvel essor lorsque la fondatrice a été canonisée en 1950. Aujourd’hui, l’Ordre de la Paix est devenu Fraternité Annonciade, Chemin de Paix.

     

    Giotto_Scrovegni_Nativité

     

    Enfin, la tradition spirituelle de l’Annonciade a permis l’éclosion dans l’Église de nouveaux Instituts de vie consacrée. Ainsi, les Bénédictines du Saint-Sacrement, vivant sous la Règle de saint Benoît, ont été fondées par une ancienne Annonciade de Lorraine, Catherine de Bar. Celle-ci a donné à son Ordre trois orientations spirituelles qui sont dans la ligne de celles de l’Annonciade, à savoir, la Louange divine, l’Eucharistie, et la Vierge. Deux Instituts religieux vivent également du charisme de l’Annonciade : celui des pères Mariens, fondés au 17e siècle en Pologne par le bienheureux Stanislas Papczyński, et celui des Annonciades apostoliques fondé en Belgique par l’abbé de Clerck, au 18e siècle – ces deux Instituts ayant reçu de la part de l’Église la Règle de l’Annonciade comme base de leur vie spirituelle.

     

    La cassure révolutionnaire

     

    Arrivent les événements révolutionnaires de 1789. Les premières communautés touchées sont celles de Belgique qui dépendent de l’empereur Joseph II d’Autriche. En 1784, il fait fermer tous les établissements religieux « inutiles ». En France, les lois révolutionnaires de 1792 confisquent tous les couvents et leurs biens au profit de la nation et en expulsent les moniales. Enfin, en 1813, le coup fatal est porté en Allemagne aux derniers monastères de l’Annonciade, par le gouvernement de Jérôme Bonaparte.

     

    En quelques années, plus d’un millier d’Annonciades  sont renvoyées dans le monde et injustement dispersées. Beaucoup de moniales ont connu la prison, l’exil, la clandestinité, quelques-unes l’échafaud. Une seule communauté a réussi à rester groupée, grâce à la volonté de la Mère Ancelle et à l’appui d’amis dévoués, celle de Tirlemont, en Belgique.

     

    Ainsi brutalement décimée, l’Annonciade va-t-elle périr tout à fait, au mépris des prédictions du bienheureux père Gabriel-Maria et de sainte Jeanne ? Non, la Vierge Marie veille. Trente ans après la tourmente, trois monastères vont se relever. Si les tensions graduellement s’apaisent, il ne faut pas songer, toutefois, à reformer des communautés avant 1815. Il y a quelque trente ans que les sœurs ont dû se séparer ; certaines ont regagné leurs familles. Il n’y a plus de novices et beaucoup de sœurs sont décédées.

     

    La restauration

     

    Dans le Sud-Ouest de la France qui comptait avant la Révolution, neuf monastères, une annonciade pleine de zèle, avec une de ses compagnes, lance un appel aux survivantes et réunit huit sœurs, réussissant ainsi à rétablir le monastère de Villeneuve-sur-Lot. Vers 1850, ce monastère fait un essai de fondation à Bourges. Au bout de deux ans, faute de pouvoir survivre, les moniales, de cette fondation sont contraintes de retourner à Villeneuve. Fondé en 1624, ce monastère n’a connu d’interruption que de 1792 à 1816.

     

    À Boulogne-sur-Mer, deux anciennes compagnes de noviciat se sont retrouvées, ayant toutes deux ouvert une petite école en 1809. Elles décident alors de se regrouper en ville et de réunir celles de leurs compagnes qu’elles peuvent retrouver pour reprendre la vie commune et préparer le relèvement de leur monastère. De deux elles seront bientôt douze, dont une ancienne Annonciade du monastère de Rouen qui, ayant entendu parler de l’entreprise, a désiré se joindre à elles.  Il faut, cependant, faire des concessions. En 1817, Louis XVIII ne donne l’autorisation de se constituer en communauté qu’aux religieuses qui travaillent à l’éducation des jeunes filles de la ville. On concilie donc la vie régulière, son grand office canonial et son lever de nuit avec la charge d’un pensionnat. En 1904, un autre gouvernement, croyant lui aussi faire œuvre utile, décide la fermeture de tous les établissements religieux qui s’ingèrent dans l’enseignement. C’est alors l’exil en Angleterre, près de Douvres de la trentaine de moniales que compte le monastère de Boulogne-sur-Mer, puis le retour en France, vingt ans plus tard, à quatre, et enfin, l’installation à Thiais en 1926.

     

    Le monastère de Tirlemont, en Belgique, a été fondé le 31 mars 1629 par huit religieuses venues de Louvain. Pour éviter, en 1783, la dispersion due à l’abolition des Ordres monastiques par Joseph  II, les moniales proposent d’ouvrir une école. Pour peu de temps. En 1796, la Révolution les contraint à quitter leur monastère pour se réfugier dans une autre partie de la ville. Quelques années plus tard, elles parviennent à louer une partie de leur ancien monastère et espèrent pouvoir, un jour, le récupérer. Elles sont alors vingt-huit moniales. En 1822, elles doivent quitter la partie louée et se retirer dans une modeste maison. Elles ne sont plus alors que onze. Cependant, de 1825 à 1853, les entrées reprennent, ce qui permet de fonder. Le 12 avril 1853, sept Annonciades quittent Tirlemont pour une fondation à Geel au service de l’enseignement des jeunes de la paroisse. La jeune fondation prospère et fonde un monastère en Hollande qui, malheureusement, devra fermer ses portes en décembre 1897 faute de vocations. Un an plus tard, en septembre 1898, ces sept sœurs accompagnées de sept autres fondent le monastère de Merksem.

     

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    La vie continue…

     

    Au début du 20e siècle, l’Annonciade en Belgique compte une centaine de membres répartis en trois monastères : Tirlemont, Geel et Merksem. Après la guerre, les vocations se raréfient. En avril 1963, la fusion de ces trois monastères est décidée. Celle-ci devient effective en 1965 par un regroupement à Merksem d’abord, puis en 1970, à Westmalle.

     

    De son côté, le monastère d’Angleterre décide courageusement, faute de vocations, de fusionner avec le monastère de Thiais, ce qui est fait au cours de l’année 1976.  En 1977, le monastère de Villeneuve-sur-Lot reçoit l’aide de sept sœurs venant de celui de Thiais.

     

    En cette seconde moitié du 20e siècle, le monastère de Thiais accueille de nombreuses vocations, ce qui lui permet de fonder de nouvelles communautés : Brucourt (Normandie) en 1975, Peyruis (Alpes de Haute-Provence) en 1980, Saint-Doulchard (Berry) en 1988, Menton (Alpes-Maritimes) en 2000 qui, malheureusement, fermera ses portes en 2012 faute de pouvoir s’étendre.

     

    Au début du 21e siècle, l’Annonciade essaime à l’étranger. C’est ainsi qu’en 2007, le monastère de Peyruis est transféré au Costa Rica, dans la ville de Alajuela, tandis que le monastère de Thiais, en 2009, fonde en Pologne, à Grąblin, près du sanctuaire marial de Licheń.

     

    Enfin, dans un proche avenir, le monastère de Brucourt va être transféré à Grentheville, aux portes de Caen.

     

    Ainsi, modestement, l’Annonciade poursuit son chemin, à la lumière de Marie, l’Étoile de sa route.

     

    Soeur Marie Emmanuel, Archiviste

    « L'Annonciade à Caen/Grentheville (Calvados )Le chemin d’un amour vrai »

19.03.2013