• • 3e jour : Le don de l'intelligence

     

    • 3e jour : Le don de l'intelligence

     

    Pape François : « Jésus a voulu nous envoyer l’Esprit Saint pour que nous ayons ce don ; pour que tous, nous puissions comprendre les choses comme Dieu les comprend, avec l’intelligence de Dieu. C’est un beau cadeau que le Seigneur nous a fait à tous. C’est le don avec lequel l’Esprit Saint nous introduit dans l’intimité avec Dieu et nous rend participant au dessein d’amour qu’il a sur nous. »

    L’intelligence : intel(de l’intérieur) ligence (lire, comprendre), est un don par lequel nous est facilitée, autant que c’est possible pour un homme mortel, l’intelligence de la foi et des divins mystères que nous ne pouvons connaître par les lumières naturelles de notre esprit.
    C’est de comprendre les choses, les événements et surtout les personnes, de l’intérieur, c’est-à-dire avec le cœur.

    L’extérieur compte bien sûr, l’histoire est tellement importante, mais cela ne suffit pas. Pour bien comprendre quelqu’un et soi-même, il faut comprendre de l’intérieur, avec le cœur. Nous avons besoin d’aborder les choses et les personnes de l’extérieur avec notre intelligence et par observation, mais il nous est possible d’aller plus loin, de nous recueillir et d’accueillir le don de Dieu pour mieux voir les choses et les personnes de l’intérieur, et les regarder avec le cœur.

    L’Esprit Saint ne nous rend pas savant mais intelligent. Recevoir ce don d’intelligence c’est pouvoir nager comme un poisson dans l’eau, dans la foi, dans le catéchisme. Ce don de l'Esprit Saint fait entrer l'âme dans une voie supérieure à celle où elle s'est exercée jusqu'ici. La bonté du divin Esprit réserve à l’âme encore d'autres faveurs. Il a résolu de la faire jouir dès ce monde d'un avant-goût de la félicité qu'il lui réserve dans l'autre vie. Ce sera le moyen d'affermir sa marche, d'animer son courage et de récompenser ses efforts. La voie de la contemplation lui sera donc désormais ouverte, et le divin Esprit l'y introduira au moyen de l'intelligence.

    C’est un don pour la contemplation. A ce mot de contemplation, plusieurs personnes s'inquiéteront peut-être, persuadées à tort que l'élément qu'il signifie ne saurait se rencontrer que dans les conditions rares d'une vie passée dans la retraite et loin du commerce des hommes. C'est une grave et dangereuse erreur, et qui arrête trop souvent l'essor des âmes.
    La contemplation est l'état auquel est appelée, dans une certaine mesure, toute âme qui cherche Dieu. Elle est simplement cette relation plus intime qui s'établit entre Dieu et l'âme qui lui est fidèle dans l'action ; à cette âme, si elle n'y met obstacle, est réservé le don d'intelligence qui consiste dans l'illumination de l'esprit, éclairé désormais d'une lumière supérieure. Cette lumière n'enlève pas la foi, mais elle éclaircit l'œil de l'âme en la fortifiant, et lui donne une vue plus étendue sur les choses divines.

    Un ensemble d'analogies, de convenances, qui se montrent successivement à l'œil de l'esprit, apportent une certitude pleine de douceur. L'âme se dilate à ces clartés qui enrichissent la foi, accroissent l'espérance et développent l'amour. Tout lui semble nouveau ; et quand elle regarde derrière elle, elle compare et voit clairement que la vérité, toujours la même, est maintenant saisie par elle d'une manière incomparablement plus complète.

    Le récit des Evangiles l'impressionne davantage ; elle trouve une saveur inconnue pour elle jusqu'alors dans les paroles du Sauveur. Elle comprend mieux le but qu'il s'est proposé dans l'institution de ses sacrements. La sainte liturgie l'émeut par ses formules si augustes et ses rites si profonds.
    Quelquefois même le divin Esprit l'instruit par une parole intérieure que son âme entend, et qui éclaire sa situation d'un nouveau jour. Désormais le monde et ses vaines erreurs sont appréciés par elle pour ce qu'ils sont, et l'âme se purifie du reste d'attache et de complaisance qu'elle pouvait encore conserver pour eux.

    Le don d'intelligence répand aussi dans l'âme la connaissance de sa propre voie. Il lui fait comprendre combien ont été sages et miséricordieux les desseins d'En Haut qui l'ont parfois brisée et transportée là où elle ne comptait pas aller. Elle voit que si elle avait été maîtresse de disposer elle-même de son existence, elle aurait manqué son but, et que Dieu l'a fait arriver, en lui cachant d'abord les desseins de sa paternelle Sagesse. Maintenant elle est heureuse, car elle jouit de la paix, et son cœur n'a pas assez d'actions de grâces pour remercier Dieu qui l'a conduite au terme sans la consulter.
    S'il arrive qu'elle soit appelée à donner des conseils, à exercer une direction par devoir ou par le motif de la charité, on peut se confier en elle ; le don d'intelligence l'éclaire pour les autres comme pour elle-même. Elle ne s'ingère pas cependant à poursuivre de ses leçons ceux qui ne les lui demandent pas ; mais si elle est interrogée, elle répond, et ses réponses sont lumineuses comme le flambeau qui l'éclaire.
    Dans une vie occupée et remplie par des devoirs, au sein même de distractions obligées auxquelles l'âme se prête sans s'y livrer, cette âme fidèle peut se conserver recueillie. Qu'elle soit donc simple, qu'elle soit petite à ses propres yeux, et ce que Dieu cache aux superbes et révèle aux petits (Lc 10,21) lui sera manifesté et demeurera en elle.
    C'est dans l'intelligence, il est vrai, que se répand la lumière divine qui est l'objet de ce don ; mais son effusion provient surtout de la volonté échauffée du feu de la charité, selon la parole d'Isaïe : « Croyez, et vous aurez l'intelligence » (Is 6,9).

    L’obstacle : c’est d’être superficiel. Il n’est pas intelligent celui qui est toujours agité, qui va au plus pressé. C’est l’activisme, l’agitation, le manque de réflexion. Ne pas rester au seuil de notre âme, à la surface. Ne pas être des TGV qui ne réfléchissent pas. Importance du silence dans notre vie, de se poser, de souffler, de voir où l’on va et d’où l’on vient. Par l’intelligence, l’homme intérieur grandit.

    Tel est le don d'intelligence, véritable illumination de l'âme chrétienne, et qui se fait sentir à elle en proportion de sa fidélité à user des autres dons. Celui-ci se conserve par l'humilité, la modération des désirs et le recueillement intérieur. Une conduite dissipée en arrêterait le développement et pourrait même l'étouffer. Nous l'atteindrons plus sûrement par l'élan de notre cœur que par l'effort de notre esprit.

    Moyen pour entrer dans cette intelligence : c’est un proverbe de l’Ecole française de spiritualité, que saint Vincent de Paul et d’autres ont beaucoup utilisé : « une nuit, une messe ». Cela veut dire « une nuit » : laissons passer un peu de temps, on verra mieux l’essentiel. Un peu de patience même s’il y a urgence. Et « une messe » : nous confions cette situation complètement à Dieu, la remettant dans son grand vouloir, qui est le salut de tous. Après, on donnera un avis et on prendra une décision avec le regard de Dieu. Cela peut avoir beaucoup de conséquences. Finalement, la décision prise est assez éloignée de notre première réaction ; l’Esprit Saint nous a rendus plus intelligents.

    L’Esprit d'intelligence se rapporte à la sixième béatitude : «Bienheureux ceux qui ont le cœur pur, parce qu'ils verront Dieu » (Mt 5,8). Si le regard de l'esprit n'est point purifié avec soin, l'âme ne peut comprendre nettement les choses divines et mystiques. Il est écrit, en effet : «L'Esprit Saint de la discipline fuira la fiction et se dérobera aux pensées qui sont sans intelligence » (Sg 1,5). C'est pourquoi Salomon a dit : «Les pensées mauvaises sont une abomination pour le Seigneur. Car les idées perverses séparent de Dieu » (Sg 1,3).

    L'homme qui veut avoir une intelligence pure et lucide, doit donc s'appliquer à écarter les fantômes et les brouillards des mauvaises pensées, et à conserver son cœur en toute diligence et précaution. Aussi le même Salomon a-t-il écrit : «Gardez votre cœur avec toute l'attention possible, parce que c'est de lui que procède la vie » (Prov 4,13).
    Nul doute qu'un tel don ne soit d'un secours immense pour le salut et la sanctification de l'âme. Nous devons donc l'implorer du divin Esprit avec toute l'ardeur de nos désirs, en demeurant convaincus que nous l'atteindrons plus sûrement par l'élan de notre cœur que par l'effort de notre esprit.
    Adressons-nous à l'Esprit Saint, et nous servant des paroles de David, disons-lui : « Ouvrez nos yeux, et nous contemplerons les merveilles de vos préceptes; donnez-nous l'intelligence, et nous aurons la vie. »


    Travail et synthèse : Jocelyne Genton
    Source : Don Prosper Guéranger et Père Bernard Michon

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19.03.2013